La résurrection de l'abricot-pêche
 
Jean-Pierre Coffe milite pour que l'AOC soit rendue à cette variété ancienne, relancée par l'école d'horticulture de Roville, ainsi qu'au melon de Lunéville.

On appelle cela le bouquet de mai. Sur les abricotiers comme sur les pruniers, les fleurs apparaissent avant les feuilles. On n'est que début mars et déjà les premiers bourgeons floraux pointent du nez sur les rameaux: « Avec le long hiver, la végétation est plus tardive, observe Bernard Boîteux, directeur du lycée de Roville : cette année, ça débourre plus tard !»
Soigneusement espacés, vingt-six abricotiers de la variété «pêche de Nancy» s'alignent sur un lopin du verger conservatoire de l’école de Roville-aux-Chênes.
L'idée, c'est de préserver des arbres fruitiers anciens. Après la tempête de décembre 1999, l'école d'horticulture a accepté de relancer la culture de vieux pommiers, pruniers, mirabelliers rescapés des vergers dévastés. Très attachés à des variétés ancestrales dont ils ignoraient parfois le nom, les propriétaires ont apporté des spécimens de toutes les Vosges.
Le Conseil Général a encouragé et financé l'initiative. Au bout de quelques années, les donateurs ont récupéré deux arbustes sauvegardés, et le verger, magnifiquement tenu par Mario Pierrevelsin, en a conservé un exemplaire.

La plantation d'abricotiers, « pêche de Nancy» s'inscrit parfaitement dans cette démarche de défense et illustration du patrimoine lorrain. Dès l755, la variété aurait été citée comme un fruit de bouche «facile à cultiver et de bon goût. »
Originaire de Chine, il était qualifié d'abricot polonais à Bordeaux et d'abricot de Turquie en Angleterre. C'est dire si sa réputation était flatteuse.
De grosse taille, il est savoureux, fondant et parfumé. Sa chair jaune orange est très sucrée et se détache facilement du noyau.
De maturité tardive, vers le 15 août, il tient son nom de «pêche de Nancy» de taches de carmin sur le côté exposé au soleil. Le duc de Lorraine Stanislas Leszczynski était friand de ces fruits délicats. Mais il préférait encore le melon de Lorraine, dont il se régalait, « au point d'en avoir des indigestions »

D'où la création de «melonneries ou melonnières qui expédiaient plusieurs tonnes de cucurbitacées par an vers les cités thermales de Contrexéville et Plornbières ». Aux XIX ème et XXème, le fumier des 3200 chevaux de la cité cavalière stimulait les «couches chaudes» qui assuraient la croissance des melons et la prospérité des maraîchers de Lunéville. Abricot de Nancy et melon de Lunéville. même combat : Daniel Moncollin, président d'Excellence Lorraine, et Jean-Pierre Coffe, natif de Lunéville entendent réhabiliter ces deux variétés anciennes.
Objectif : relancer leur culture et consommation après avoir obtenu une AOC (Appellation d'Origine Contrôlée).

D'ores et déjà, les élèves de l'école d'horticulture et de paysage de Roville-aux-Chênes se familiarisent avec 1a culture spécifique de ces espèces, d'apparence plus méridionale que les myrtilles vosgiennes ou les mirabelles lorraines.
Dans la région, une pléiade de petits producteurs horticoles propose déjà ces variétés anciennes, souligne Michel Simonin, adjoint de Bernard Boîteux Une fidélité qui est aussi le fruit de la passion.

Jean-Paul VANNSON- L’est Républicain 17 mars 2009

 


     
       
       
       
       
       
       
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